- Xavier Emanuelli -

Rajaa KANTAOUI : La discrète femme d’influence se livre à HOLA! MAROC

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Derrière son joli minois se cache non seulement une femme de plomb déterminée mais aussi une âme à fleur de peau et d’une simplicité inouïe. Rajaa Kantaoui fait partie de ces femmes dégourdies qui ne lâchent rien et surtout pas leurs rêves. Nous l’avons rencontré à Rabat, en marge de la cérémonie officielle de l’ouverture du Trendy Tour Hassan. Bribes d’échanges avec une working girl dont les 24 heures ne suffisent pas.

Propos recueillis par Hasnaa Najah

” Servir mon pays est ma priorité, et non pas servir des finalités électorales. Je suis contre cette forme d’usure et d’usage qui sévit dans le pays. Les actions fleurissent et se substituent au rôle élémentaire de l’état qui est de préserver les vecteurs de dignité de tout citoyen. Cette époque de pétitions et des clichés 2.0 devant des sacs de farine ne me convient pas. Je suis pour la multiplication des actions soft power, loin du « m’as-tu vu » des réseaux sociaux, je suis pour les actions qui agissent en profondeur loin des dons en nature, je suis pour des actions qui éduquent les mentalités et donnent accès à l’élévation de la pensée et des vertus responsables. Je suis pour la perpétuité d’un leadership optimiste, positif et pluridimensionnel”. Kantaoui 

Votre carrière a évolué dans des secteurs politiques et sensibles, vous faites partie de ces visages du Maroc qui se sont forgé une notoriété professionnelle dans un milieu restreint aux hommes, qu’elle serait la recette du succès pour vous ?

Une bonne dose d’agilité et beaucoup de volonté. Il est de plus en plus difficile d’évoluer dans le monde d’aujourd’hui. Il se veut volatile, incertain, complexe et ambigu. Ce n’est pas un hasard si l’armée américaine a dupliqué les abréviations du « VUCA World » pour décrire les nouveaux paradigmes sociétaux. Il m’a fallu du courage pour repenser ma carrière. C’était en 2007, j’avais 25 ans, diplômée, un job sécurisant, des rêves et des incertitudes paralysantes. Deux choix se sont imposé à moi, soit céder à l’incertitude et laisser échapper l’opportunité, soit sortir de ma zone de confort et travailler dur. Le choix s’est fait de lui-même, je ne pouvais pas me réfugier derrière la peur de l’inconnu et de l’imprévisible.

Le monde a célébré le mois dernier, la Journée internationale des droits des femmes, vous avez pris part aux différents débats, comment peut-on agir en étant sans appartenance politique, ni affiliation associative ?  

D’abord je tiens à préciser que le fait d’être apolitique ne veut pas dire s’abstenir de voter. Le vote étant l’un des principaux devoirs citoyens et démocrates. J’ai été sollicité par deux très grands partis politiques marocains, mais disons que j’ai du mal à adhérer à certains aspects idéologiques de leur raison d’être. Servir mon pays est ma priorité, et non pas servir des finalités électorales. Je suis contre cette forme d’usure et d’usage qui sévit également dans le secteur associatif. Les actions fleurissent et se substituent au rôle élémentaire de l’état qui est de préserver les vecteurs de dignité de tout citoyen. Santé, éducation et équité. Cette époque de pétitions et des clichés 2.0 devant des sacs de farine ne me convient pas. Je suis pour la multiplication des actions soft power, loin du « m’as-tu vu » des réseaux sociaux, je suis pour les actions qui agissent en profondeur loin des dons en nature, je suis pour des actions qui éduquent les mentalités et donnent accès à l’élévation de la pensée et des vertus responsables. Je suis pour la perpétuité d’un leadership optimiste, positif et pluridimensionnel.

Enfin, pour ce qui est de la cause féminine, je vais vous étonner, mais je ne suis pas féministe du tout. Je crois à l’égalité des sexes, aux droits respectifs mais aussi à la complémentarité du genre. Et puis, pour moi, la femme marocaine n’a besoin de personne pour évoluer dans un milieu, aussi sclérosé qu’il soit. Il faut surtout que les femmes s’entraident plutôt que se tirer des balles dans les pieds.

Servir mon pays est ma priorité, et non pas servir des finalités électorales 

A 60 ans, osez- vous imaginer cet avenir vieillissant ?  

Vous savez, 60 ans c’est le nouvel âge de raison et non pas celui de la vieillisse. Oui, je veux bien l’imaginer. Me couler une vie paisible au près d’un être cher à mon cœur et m’occuper d’une galerie d’art dans une ville moins agitée. Enfant, j’ai rêvé d’être bibliothécaire ou peintre. Je pense que la retraite me permettra de vaquer à ces occupations. Pour le moment, c’est le temps de dur labeur !

Vous êtes une de ces femmes dont le charisme est intimidant, quel serait le descriptif de l’homme de vos rêves ?

Merci, mais je n’en rêve pas, il est bien là, quelques part (rires). La simplicité avant tout, puis le mot juste. Ensuite, j’aime bien me sentir protégée. C’est un sentiment nouveau pour moi depuis quelques temps.

Et l’amour dans tout ça ?

L’amour est, pour moi, cette douce mélodie qui surgit de nulle part, elle nous embarque le temps d’une valse et nous dépose sereinement au bord d’un fleuve de questionnement, à mi-chemin entre le silence et l’attente, entre la considération et la lâcheté. Pour moi, il est important de cultiver l’élégance dans nos relations avec l’autre, de mettre sa dignité au-dessus de tout, de respecter les singularités en prenant de la hauteur.

Nous évoluons dans une société assez tumultueuse et hypocrite, comment trouver un juste équilibre?

En arborant un grand éclat de sourire fondu dans une sacrée dose de silence ! C’est ce que j’ai trouvé de mieux. Le rire est une jolie forme de mépris, qui met une distance entre la mesquinerie et moi. Puis, je n’accorde aucune importance aux dires des autres.

Quelle serait votre journée idéale?

Je l’inventerai presque de ma profonde souvenance. Elle ressemblerait à une journée chez ma maman dans sa belle terrasse fleurie et ensoleillée, avec toutes ses amies qui débarquent sans cesse. Buller toute l’après-midi dans son magnifique jardin autour d’un café et un bon cake au goût d’amandes. Il se passait toujours plein de choses chez elle, des voisines venaient faire de la cuisine, tricoter, discuter. J’y ai toujours appris quelque chose.

Comme un air de regrets ?

Oui, un seul. Celui de n’avoir jamais pris le temps de déguster l’intensité de l’instant présent avec ma mère. Je la croyais éternelle !

Qu’est-ce que vous n’aimez toujours pas en vous ?

Il me reste des résidus de peur des gens, des vieux réflexes qui remontent à ma jeunesse. La méchanceté des enfants devenus brusquement adultes. Cela me met mal à l’aise d’être parfois encore comme ça. J’ai aussi un côté désœuvré que je n’aime pas. Je suis lente, très lente à la détente.

Votre devise dans la vie ?

« Il existe sur cette terre des choses qui valent la peine d’être vécue » C’est un vers de poésie de Mahmoud Darwich.

 

 

 

 

Hasnaa Najah / HOLA Mars 2018