- Xavier Emanuelli -

L’entreprise marocaine face à la communication de crise

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«Les crises de demain nécessiteront la maitrise de la sociologie, l’innovation et l’intelligence communicationnelle»

Questions à Rajaa Kantaoui, experte en politique de communication sensible et de crise

Pourriez-vous, en premier, nous donner une brève signification de la notion de «communication sensible» ?
De nos jours, les métiers de la communication évoluent dans un contexte flottant, de nouvelles disciplines s’imposent et tentent de se professionnaliser. Et je pense que le changement va opérer dans peu de temps au Maroc.
La communication sensible en fait partie. Cette discipline se veut une nouvelle branche de la communication stratégique apparue dans les années 2000. Le concept fut introduit en France par l’Observatoire international des crises présidé par Didier Heiderich. La communication sensible est plus entière que la communication de crise, elle regroupe plusieurs domaines comme la communication sur le risque (sanitaire, pandémique, technique…), la communication d’acceptabilité qui accompagne les projets d’implantation ou d’extension publique, la communication contestée relative aux activités contredites (nucléaire, armement, OGM…) ou encore la communication de crise qui représente un antagonisme extrême de la communication sensible.

Est-ce que la notion de communication de crise est bien intégrée dans les entreprises marocaines ?
Malheureusement, l’entreprise marocaine appréhende le mot crise et mise sur d’autres créneaux de la communication. Cette appréhension impacte indirectement l’enchaînement des actions à suivre lors d’une situation d’urgence ou de sortie de crise. Aussi, il faut admettre que l’improvisation est le maître des lieux chez certaines entreprises marocaines, à l’encontre des multinationales implantées dans le pays, qui ont des manuels de sortie de crise préétablie et aménageable avec le contexte local.
Aujourd’hui, la communication de crise ne peut plus se satisfaire d’une communication linéaire et instinctive. Elle nécessite une approche nouvelle en phase avec les nouveaux paradigmes de notre société.

Quels sont les grands axes à retenir pour une gestion optimale d’une crise ?
Il existe deux valeurs infaillibles qui avantagent toute communication sensible. J’ai cité la bienveillance et l’honnêteté. Partant de ces deux principes trois stratégies peuvent être déployées. Reconnaissance, refus ou projet latéral. Bien entendu, les stratégies diffèrent selon la nature et la typologie de la crise.
Les crises de demain nécessiteront la maitrise de la sociologie, la capacité d’innovation et de l’intelligence communicationnelle. Les techniques d’organisation pyramidale et de l’apprentissage par cœur des éléments de langage sont révolus et les mea culpa répétitifs n’ont plus le vent en poupe.

Comment déployer cette stratégie sur la durée ?
De toute sortie de crise, on apprend quelque chose. Ce petit plus qui nous permet un «Learning» instantané qui peut apparaitre à l’avenir.
D’où l’importance de cartographier les parties prenantes de la crise et étudier le contexte et les facteurs déclenchants. Mais aussi, fédérer l’opinion des acteurs de la cellule des crises, initier les feedback et lister les obstacles notés lors de la crise.
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